Quel étrange statut que celui de prof doc !

C’est quoi un prof doc ?

Être professeur documentaliste, c’est être capable de se confronter, au quotidien, à une volonté d’inexistence statutaire alliée à une volonté domniprésence dans les projets par les mêmes décideurs.

Nous devons participer à l’éducation aux médias, à la formation des élèves à la culture informationnelle, à leur culture citoyenne, à leur orientation, à leur accès à la culture et à la lecture, à leur accès aux ressources physiques et numériques mais, à aucun moment, n’avoir les mêmes droits que les enseignants disciplinaires dont nous faisons une partie du travail (orientation, EMI …) car ils n’ont pas le temps de faire plus que leur programme chargé.

Être prof doc, c’est devoir travailler selon une circulaire de missions qui s’adresse à des documentalistes-bibliothécaires datant de 1986, ère ancienne sans ordinateur ni Internet ni ressources numériques ni recherches sur le Web, ni identité numérique, ni médias numériques …ni ni.

Être prof doc, c’est être documentaliste à 100% parce que le CDI doit être ouvert le maximum de temps pour désengorger l’étude, et être aussi professeur à 100% pour permettre de libérer des heures de la DGH (option, AP …) et « éduquer à  » tout ce que les profs disciplinaires n’ont pas le temps de faire du fait de leur programme chargé.

Être prof doc, c’est se voir promettre dernièrement des heures libérées pour préparer les séances afin de nous reconnaître prof … à condition que notre enseignement soit inscrit dans la grille horaire des élèves, chose impossible puisque depuis des années nous demandons, en vain, à être dans cette même grille horaire.

Cas pratique : prenons ma semaine du 23 février 2015

Cette semaine, j’ai fait 19h de séances pédagogiques devant élèves et en même temps, j’apprends que le projet de me voir attribuer 1h de préparation pour 1h de cours tombe à l’eau. Or, j’ai fait mes calculs de cette semaine :

8h devant mes 6° pour les séances EMI inscrites dans leur emploi du temps mais pas dans la grille horaire. Je n’ai pas improvisé ma séance, je l’ai préparé sur une feuille A4 photocopiée, j’ai aussi corrigé une évaluation, reporter les résultats dans Sacoche.

2h de sortie avec les 3° DP3h et une enseignante disciplinaire

4h de séances en collaboration avec une enseignante disciplinaire : projet radio (EMI) qui demande de régler des problèmes techniques, enregistrer les élèves puis copier coller les fichiers MP3 dans l’atelier Magret de chaque classe puis récupérer les productions montées par les élèves etc

3h de séances en collaboration avec la CPE : formation des délégués à raison de 3 heures par niveau  : ça ne s’improvise pas non plus. La formation s’inscrit dans le projet EDD de cette année donc la formation n’est créée que pour cette année.

1h d’atelier lecture : à préparer en amont. Mon atelier lecture ne consiste pas à lire mais à créer, à publier en ligne, à se positionner en tant qu’auteur.

1h de club scientifique : avec la professeure de physique chimie (cette semaine, pas de préparation mais les semaines suivantes, les élèves feront des photos, je vais devoir les retoucher et les recadrer pour qu’ils puissent les utiliser pour une publication en ligne)

Toutes ces préparations, je les ai réalisées en grande majorité au CDI, en présence d’élèves qui ont des requêtes toutes les 5′ : problèmes informatiques, recherche d’un livre, emprunt d’un livre, parlent fort, problèmes de disciplines, de bruit … et j’ai aussi travaillé chez moi le soir, le week-end, pendant les vacances scolaires.

J’ai normalement 6h en dehors du collège pour les liens avec l’extérieur qui sont vite utilisées pour aller chercher des commandes de livres, une exposition à Toulouse, lectures professionnelles, lectures d’ouvrages du CDI (faut quand même les connaître un peu) et auto-formation pour ne pas être dépassée par les pratiques des élèves.

Sauf que moi aussi …

Et j’ai beau réfléchir, je ne comprends pas pourquoi un professeur disciplinaire aurait le droit de préparer ses séances au calme au collège ou chez lui et pas moi.

Moi aussi, j’ai un CAPES,

moi aussi je réalise des séances,

moi aussi j’enseigne des choses utiles,

moi aussi je participe à l’éducation des futurs citoyens,

moi aussi je suis pédagogue et éducatrice au service de la réussite de tous les élèves

moi aussi j’ai besoin de calme pour me concentrer.

Cela me permettrait, ensuite, de pouvoir faire mon travail de gestion du CDI dans de bonnes conditions, soit l’autre partie du nom de mon poste « do-cu-men-ta-liste »

CDI fermé ou ouvert ? que cela signifie-t-il vraiment ?

J’entends alors une remarque : « mais le CDI sera tout le temps fermé ! »

C’est une question de volonté : soit on veut vraiment que les CDI soient ouverts avec la même volonté portée à l’ouverture de l’étude pour les élèves et on embauche alors des aides-documentalistes avec le même statut qu’un AED. Soit oui, le CDI sera fermé. On ne peut pas nous demander de faire des séances, des projets, des formations et, en même temps, ouvrir le CDI autant qu’une bibliothèque.

Et là, c’est moi qui pose une question : « que signifie « ouvrir le CDI » ? »

Accepter des élèves qui viennent pour ne pas faire leurs devoirs en étude ou pour être en groupe et discuter de leur week-end ? Accepter des élèves qui veulent juste être devant un écran et qui se fichent du lieu où ils se trouvent ?

Ou est-ce d’habituer tous les élèves à fréquenter le lieu grâce aux séances pédagogiques que nous menons auprès de tous les élèves de tous les niveaux ? Quand je fais une séance pédagogique, j’ouvre le CDI puisque j’ai des élèves au CDI qui utilisent mes ressources physiques ou numériques. De plus, certains élèves ne fréquentent le CDI que durant mes séances.

Donc oui, 1 séance pédagogique au CDI

=

1 h d’ouverture du CDI.

D’ailleurs, j’ai plus d’élèves en séances pédagogiques que durant une heure sur inscription car il y a plus de places assises dans l’espace travail que dans l’espace lecture.

Finalement, ils le disent … nous sommes des enseignants

Dans le référentiel de compétences des enseignants au BO du 25 juillet 2013, je lis pourtant :

« Compétences spécifiques aux professeurs documentalistes, enseignants et maîtres d’œuvre de l’acquisition par tous les élèves d’une culture de l’information et des médias : Maîtriser les connaissances et les compétences propres à l’éducation aux médias et à l’information »

Je ne comprends pas : nous sommes donc enseignants finalement ?

Et non, je ne suis pas une documentaliste bibliothécaire !

Et non, je ne suis pas une professeure clandestine !

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