Vol au-dessus d’un nid de MOOCs

MOOC : « Massive open online course » ou  « cours en ligne ouvert à tous « , ou plutôt « formation hyper intéressante que tu n’as jamais le temps de suivre car tu travailles à moins de le suivre pendant ton temps libre qui est très court » (FHIQTNAJLTDSCTTAMDLSPTTLQETC)

Je suis contre les MOOCs. A l’heure où les articles vantent les MOOCs, la chance d’avoir des MOOCs, la formation tout au long de sa vie grâce aux MOOCs … je l’écris ici, marre des MOOCs.

Pour commencer, Franck Amadieu et André Tricot l’affirment dans « Apprendre avec le numérique » (Retz, 2014): Le numérique ne favorise pas l’autonomie des apprenants car le numérique est exigeant en terme de stratégies d’organisation, cognitives, motivationnelles … Les MOOCs nécessitent d’être autonomes et d’avoir du temps.

Depuis 2014, je me suis inscrite à 5 MOOCs que je considère nécessaires pour mieux comprendre la société de l’information du XXIème siècle ainsi que pour acquérir plus d’expertise dans mon domaine professionnel. Sur ces 5 MOOcs, un seul  a été suivi à peu près sérieusement jusqu’à la moitié. Il concernait l’initiation à la programmation JAVA. J’y ai passé 3 après-midis et au moins 3 soirées jusqu’à 23h passées… pendant mes vacances. J’ai ensuite arrêté car ce MOOC était trop chronophage (mais passionnant) car mon niveau (débutant) nécessitait la présence d’un enseignant à mes côtés, enseignant point là.

Les autres MOOCs se sont déroulés (et se déroulent puisque j’en suis 2 en même temps en ce moment) de façon similaire:  une fois que ma journée professionnelle est finie, mes enfants couchés, le travail achevé pour le lendemain … et une nouvelle journée passée car pas eu le temps la veille, je copie vite fait-mal fait les cours en me disant que j’aurai le temps de les lire plus tard. Je télécharge chaque vidéo qui oblige une lecture linéaire et donc chronophage. A partir d’un certain âge, on est meilleur dans la lecture rapide d’écrits que dans le visionnage d’une vidéo souvent pas très rythmée et qui ne nécessite même pas d’exister puisqu’un bon doc aurait permis d’avoir le même contenu avec autant de suspens. Vous me direz, un MOOC et le suspens, quel rapport ?  Là encore, je vais citer Franck Amadieu et André Tricot: une vidéo permet de mieux apprendre si elle aide à comprendre un processus dynamique, à acquérir des gestes à apprendre mais elle ne doit pas être diffusée en début d’apprentissage. Or, beaucoup de vidéos mettent en scène une personne assise, qui parle. Waouw … une sorte de cours frontal en vidéo, via un MOOC sur Internet. C’est de la MPA : Moderne Pédagogie Attitude.

Et encore, je n’ai suivi aucun webinaire, participé à aucun travail à rendre (sauf le MOOC sur Java), donc j’y passe le moins de temps possible, juste celui nécessaire à tout copier-coller et télécharger pour le jour où j’aurai le temps. J’ai l’impression de survoler les MOOCs et de ne jamais trouver le temps de m’y poser. Or, je suis une élève comme les autres et  je veux crier « STOP aux MOOCs! » Ce qui me rassure est que je ne suis certainement pas la seule à le penser. 90% des inscrits aux MOOCS arrêtent avant la fin. Parmi ces 90%, il y a ceux qui se sont inscrits sans jamais avoir lu un cours … et les autres. Avec la multiplication des MOOCs, j’y vois plusieurs choses. Côté ceux qui pensent et créent les MOOCs :

  • ces personnes considèrent qu’on a beaucoup de temps libre. Personnellement, j’ai peu de temps libre, contrairement aux personnes autour de moi qui ne sont pas profs et qui, une fois le travail quitté, n’ont plus rien à faire pour ce travail.
  • ces personnes considèrent qu’on est super autonomes
  • ces personnes considèrent qu’ils vaut mieux toucher le maximum d’apprenants potentiels virtuels et vite largués qu’enseigner physiquement à un minimum d’apprenants visibles et audibles et potentiellement remotivables. Autrement dit, un MOOC, c’est mieux qu’une formation au PAF. Or, je suis inscrite à un MOOC qui se déroule sur 4 semaines et qui nécessite entre 1h et 5h de travail par semaine, soit 4 à 20h de travail en tout. Cela signifie que ce MOOC pourrait être réalisé en une seule journée de formation sans problème.

Côté ceux qui s’inscrivent aux MOOCs :

  • une frustration, comme cet enfant face à une vitrine de bonbons qui ne peut y toucher
  • un sentiment d’impuissance : je sais que ce MOOC m’apportera une plus-value pour mon travail mais mon travail et ma famille passent avant et une fois qu’ils sont passés … une nouvelle journée commence.
  • un sentiment de fracture temporelle : on dit qu’il faut éviter la fracture numérique, la fracture de l’accès au savoir…. et la fracture temporelle ??? Avec les MOOCs, je ressens cette fracture d’accès au savoir car le savoir n’est plus à ma portée mais à celle de ceux qui ont du temps.
  • un sentiment de culpabilité : je suis ce MOOC sur mon temps libre

Et je ne referai pas un article sur les Masters à distance qui s’ouvrent en proposant de suivre les cours les mercredis et samedis et le reste à distance.

Vous l’avez compris, j’aimerais suivre un MOOC en entier une seule fois dans ma vie et faire un Master 2 à distance. En fait, j’aimerais que le contenu soit proposé pendant un temps de formation défini et attribué officiellement. Je veux apprendre dans un contexte dédié à l’apprentissage où qualité rime avec échanges et présence et … temps et épanouissement.

A lire :

10 compétences à maîtriser pour apprendre dans un MOOC

face_pile_MOOC_final: Les MOOCs

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