Neurosciences et modalités d’enseignement de l’EMI

                De retour d’un stage sur la Neuropédagogie (avec Jean-François CAMPS, passionnant), me voilà confortée dans ma frustration professionnelle. Oui, ce que je ressentais, la recherche l’a prouvé :  mon travail réalisé en EMI et en info-documentation est vain, quoi que je fasse, si les modalités d’enseignement restent inchangées.

Les informations que je vous communique ne peuvent être sourcées via le Web puisqu’elles proviennent de J-F Camps durant le stage. Je les mets en gras afin de les différencier de mes opinions.

En effet, les élèves ont besoin de faire du lien pour utiliser leurs connaissances et compétences hors contexte. Ainsi, selon la neuropédagogie, une connaissance devrait être vue sous l’angle de plusieurs disciplines et dans des lieux différents. Autrement dit, il faut que toute l’équipe pédagogique fonctionne de la même façon afin que l’élève fasse les liens et ne soit pas tout le temps en train de s’adapter à l’enseignant qu’il a en fasse de lui. L’EMI nécessite donc une réponse collégiale, une prise de conscience et un intérêt collégial pour espérer être efficace.

Autre handicap de l’EMI et du prof doc en général : la question du temps. Le cerveau de l’élève met du temps à traiter l’information, il doit créer du « lien » au niveau des synapses, or ces liens nécessitent entre 10′ et 2 heures de temps. Pour renforcer les connexions des synapses, on doit privilégier la régularité des pratiques, des gestes. De plus, 90% de ce que les élèves ont écouté est oublié à la fin de la journée et ce n’est pas parce qu’ils ont compris qu’ils ont appris. Comprendre n’est pas mémoriser.

Ainsi, aborder l’EMI au cours d’une seule séance (ou activité) ou sur quelques heures sur l’année avec une discipline ne sert pas à créer ces liens. La mémoire a besoin de retour fréquents, de réitérations. Il faut revoir ce qui a été appris car les élèves oublient au bout de 10′ puisque de nouvelles informations arrivent ensuite. Pour être efficace, il faudrait leur faire faire des feedbacks le jour d’après, puis une semaine, puis un mois, puis 6 mois plus tard afin que les connaissances (déclaratives et procédurales) puissent être réellement mémorisées. On y retrouve d’ailleurs tout l’intérêt de la progression spiralaire.

Afin que l’Education aux Médias et à l’Information ne soit plus un événement anecdotique dans la scolarité des élèves mais soit réellement à l’origine d’apprentissages de savoir et savoir-faire, il faudrait que :

  • L’EMI ne soit plus un projet court une fois dans l’année ou sur un seul trimestre ou une semaine sur deux :  L’EMI nécessite un enseignement régulier sur l’année entière. L’EMI a besoin de temps puisqu’il s’adresse à des cerveaux qui nécessitent ce temps.
  • Le temps de l’EMI soit un temps d’évaluations et de remédiations régulières
  • L’EMI ne soit plus au centre d’une inégalité d’accès aux savoirs entre les élèves d’un même niveau. En effet, l’EMI dépend trop souvent de la bonne volonté de quelques collègues de discipline qui « donnent » quelques heures à leur prof doc. De plus, les projets sont rarement pérennes d’une année à l’autre, l’équipe pédagogique évoluant avec des TZR, des mutations, des arrêts maladie … L’EMI, pour une question d’équité de traitement des élèves et d’accès aux savoirs, doit concerner toutes les classes d’un établissement, quelle que soit la volonté des enseignants et leur liberté pédagogique, comme c’est le cas pour les disciplines.

Je fais de l’EMI toute l’année en 4° grâce à un projet radio à raison d’une heure par semaine et, en effet, les élèves réutilisent ce qu’ils ont appris en 3° dans différents projets sans avoir besoin de rappels. L’EMI en 4° est fait d’évaluations, d’analyses des erreurs et de réflexion, avec les élèves, pour trouver des remédiations à ces erreurs. La différence est flagrante avec les autres projets qui sont ponctuels et qui laissent peu de traces l’année suivante.

Je me sens comme une cavalière à qui l’institution aurait donné la plus belle selle et la plus belle bombe mais aucun cheval pour faire la course. Une prof doc avec un programme lourd (oui, le programme de l’EMI est lourd si on veut bien faire les choses en prenant en compte les mécanismes de la mémoire et des apprentissages) mais aucune heure institutionnalisée et donc des apprentissages très relatifs.

 

                La profession est partagée entre les collègues qui veulent se concentrer sur les missions propres à la gestion du CDI et de la lecture, et ceux qui souhaitent se concentrer sur la pédagogique. Ce que j’écris là ne va pas réduire le débat. Cependant, il me semble que nous regardons tous vers le même objectif qui est l’élève et la construction de sa singularité en tant qu’individu mais aussi sa future vie citoyenne responsable et critique. La conception du métier doit évoluer pour que l’EMI participe réellement à cela. Ou alors un autre CAPES à inventer ?

Le plus important n’est pas le projet qu’on fait, ni les compétences qu’on travaille mais ce que l’élève en a retenu à la fin de l’année. C’est là toute l’utilité de l’enseignant il me semble.

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